mercredi 25 janvier 2012

Les livrets cartes postales des éditions D'un noir si bleu

J'ai récemment eu envie de tester les livrets cartes postales des éditions D'un noir si bleu. Devant la difficulté de faire mon choix sur base des synopsis minimaux que propose leur site et parmi un catalogue d'écrivains qui m'étaient inconnus — c'est d'ailleurs finalement un employé de la libraire Point Virgule qui s'est chargé pour moi d'en sélectionner « des qui ont l'air bien » —, je me suis dit qu'il pourrait être intéressant d'en faire de petites critiques à destination des acheteurs potentiels.

Tout d'abord, je dois me dire séduit par le concept. C'est bien pensé et, dans l'ensemble, bien réalisé. Il y a donc selon moi de bonne chance pour que ce format devienne vite un standard des amoureux de la littérature désireux de la faire découvrir à leurs correspondants. Petit bémol : vu que ces livrets sont destinés à être envoyés, il aurait peut-être mieux valu éviter d'imprimer leur prix sur le rabat. Heureusement, un timbre un rien décalé suffit à couvrir l'indélicate inscription.

Voici maintenant, dans le détail, ce que j'ai pensé des livrets cartes postales que j'ai lus.

Nouvelle issue de la série Omar Khayyen rassemblant des créations liées à l'univers du vin, ce récit est celui de la rencontre entre un jeune diplômé en œnologie et un mystérieux sans-abri parisien. C'est agréable à lire et même facile, malgré un usage selon moi un peu abusif du subjonctif imparfait.
La remarque que je formulerais concerne une tension légèrement paradoxale présente au sein du récit. Celui-ci se veut réaliste, notamment à travers un portrait digne du SDF — cherchant à éviter les stéréotypes sans pour autant être franchement original —, mais présente des hasards réellement romanesques nuisant à sa vraisemblance. Cela n'attaque en rien le plaisir de lecture mais certains pourront y voir le signe d'un projet littéraire pas tout à fait réfléchi ou abouti.
Notons encore la présence de références et d'un vocabulaire œnologique qui m'ont à peu près toutes échappées. Néanmoins, les connaisseurs apprécieront.
Dernier point un peu plus négatif : la carte en elle-même — la « couverture » du livret — est, soit une reproduction de mauvaise qualité d'une peinture, soit la reproduction d'une peinture un rien déteinte. Elle apparaît donc fort pâlotte, ce qui est très dommage car, dans cet emploi de carte postale, le contenant est aussi important que le contenu, la forme autant que le fond.

Sans nul doute ma préférée parmi les quelques nouvelles lues de cette collection ; l'histoire simple d'un père et un fils qui partagent un verre de vin (celle-ci aussi fait partie de la série susnommée). Un bel instant saisi, traité tout en délicatesse et nuances.
Du point de vue du style, c'est impeccable : l'écriture est très personnelle et travaillée. Poétique aussi, cette impression étant accentuée par l'insertion au sein du récit d'un poème rédigé par le protagoniste principal. Le sujet — la relation père/fils — n'est pas original mais est abordé ici avec légèreté et non sans humour. Une lecture très agréable, par conséquent.
Rien à redire sur la couverture, elle vaut bien des cartes postales.

Ceux qui me connaissent bien me savent assez hermétique à la culture japonaise. Je partais donc avec un a priori négatif sur cette nouvelle écrite en juin dernier dans un contexte « post-Tsunami » (les bénéfices liés à sa vente sont reversés à la Croix Rouge). Au final, elle ne m'a pas trop déplu.
La principale critique formulable est son côté obscur. L'auteure multiplie les références (au travail de Miki Nitadori, qui signe la couverture et dont je ne sais rien, à des personnes — Kaï, Iannis, Florence — qu'on devine être des amis à elle sans en savoir plus) et n'explique pas grand chose. Les puristes lui disputeront donc le statut de nouvelle littéraire, vu qu'elle n'en a guère les caractéristiques et s'apparente à un mini-essai (comme on en a vu d'autres apparaître à la même période, tels que le Tu n'as rien vu à Fukushima de Daniel de Roulet dont je ne pense pas assez de bien pour le détailler).
Bref, il faut rentrer dedans. Au final, lorsqu'on fait abstraction des questions restées sans réponse, le style est intéressant ; fort travaillé, de nouveau. Le déballage intime que fait Isabelle Blondie — ce livret était-il réellement la bonne occasion pour livrer une anecdote de sa vie sexuelle ? — pourra néanmoins rebuter certains. Sans doute ce récit plaira-t-il cependant aux passionnés du Japon...

Nouvelle noire sur fond de récit du terroir, du genre qui se laisse lire : pas désagréable pour un sou, pas non plus très marquant. Le style est fluide et agréable. Une lecture facile pour peu qu'on considère que lire un livret d'une poignée de page puisse être une tâche ardue...
On pourrait juste regretter que la chute — pourtant assez bonne — se laisse deviner plus d'une page à l'avance. Peut-être aurait-il été préférable de conserver l'effet de surprise pour la rendre plus marquante...
C'est sans doute l'image de couverture la plus jolie parmi celles que j'ai eues en main.

La description truculente d'un départ en vacances de famille nombreuse. L'auteure joue avec les clichés mais fait parfois mouche malgré peu d'idées neuves. Le récit est à l'image du trajet qu'il raconte ; il n'avance pas. Il n'y a pour ainsi dire pas de progression entre le début et la fin du récit ; l'auteure procède par anecdotes, ajout de réflexions, sauts du coq à l'âne... Cela convient bien avec l'histoire racontée mais s'avèrerait fatiguant dans le cadre d'un récit plus long. J'ai trouvé les descriptions tortueuses et parfois un peu obscures. Le style peut également apparaitre inutilement lourd et compliqué.
Autre critique importante que je formulerais : le récit est daté. S'il rappellera sûrement des souvenirs aux lecteurs qui ont connu une époque sans téléphone, il apparaîtra différemment aux plus jeunes qui, comme moi, éprouveront des difficultés à se reconnaître dans cette situation.
Enfin, les pixels sont visibles sur l'image de couverture, détail selon moi impardonnable pour une carte postale.

5 commentaires:

  1. Voilà une idée originale, bien pensée qui, je l'espère, fera son chemin ! Tu as bien fait de la colporter !

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    1. N'est-ce pas ? Je vais me renseigner sur leur procédure de soumission de texte ; un pareil format pourrait bien être une nouvelle façon pour les auteurs n'ayant pas encore réuni un recueil de se faire un peu connaître...

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  2. Bonjour Julien,
    Suis F.Bonneau, l'auteur d'"Au Détriment" dont vous parlez ici ; Suis très touché par votre critique ! Merci.
    (D'Un Noir Si Bleu ne reprendra la lecture de manuscrits qu'en 2013 ; leur programme est chargé et déjà bouclé.)
    Bien amicalement.

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    1. Merci à vous ; votre nouvelle m'a réellement procuré un agréable moment de lecture. J'espère ne pas l'avoir trop mal transcrit via cette critique...
      Merci également des précisions sur D'un noir si bleu, c'est toujours bon à savoir.

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  3. Bonjour Julien,
    Je ne découvre qu'aujourd'hui le travail critique que vous avez fait sur quelques uns des livrets publiés. Et je vous remercie de ce travail. Nous sommes aussi persuadés que ce format trouvera sa place !
    Je note votre remarque sur l'emplacement du prix (nous devons l'indiquer - loi Lang oblige).
    A très bientôt dans nos pages.

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