vendredi 6 janvier 2012

Ma succube bien-aimée

Microfiction écrite dans le cadre d'un jeu d'écriture du forum du Cercle Maux d'Auteurs (le n° 76). Le thème était "les vacances de Noël", avec une limite à 3500 caractères et la contrainte de placer cinq mots dedans : somnolence, bacchanales sésame, humus, hallucinations. Mon texte se base sur une citation faite par Mircea Eliade dans son livre Le Chamanisme.

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Tout a commencé vers le quinze décembre, lorsque les jours sont les plus courts et les âmes les plus tristes. Couché seul dans mon lit double, j'attendais en vain le sommeil dans cet étrange état de somnolence bien connu des insomniaques et des mélancoliques. Incapable de dormir, mon esprit n'était cependant plus assez présent pour me permettre une activité intelligente. Je délaissais donc le livre posé sur ma table de chevet tandis que je me retournais entre les draps. Inconfortablement installé quoique le duvet n'ait pas changé depuis ma dernière bonne nuit, je priais Morphée de m'offrir le sésame de ses bras.
Soudain, un esprit vint à moi. Mais puis-je vraiment dire qu'il est apparu soudainement, n'était-il pas déjà depuis longtemps là à m'observer ? Je ne saurais en jurer. C'était une femme fort belle. Elle me dit : « Je suis l'áyami de tes ancêtres, celle qui vient réconforter les hommes lorsqu'ils en ont le plus besoin. Je t'aime. Tu seras mon mari et je serai ta femme, au moins pour un temps. » Elle se jeta alors amoureusement sur moi. Pris de surprise, je voulus lui résister. « Si tu ne veux pas m'obéir, tant pis pour toi. Je te tuerai. » Je couchai donc avec elle comme avec l'amante dont je rêvais depuis des mois et ce malgré la frayeur qu'elle m'inspirait. Puis, elle partit mais fut de retour dès le soir suivant. Durant les jours qui précédèrent et suivirent le solstice, elle ne rata aucun de nos rendez-vous nocturnes.
Ses traits, ou peut-être mes hallucinations, changeaient presque à chaque fois. Tantôt jeune et fraiche, elle m'apparaissait la nuit suivante plus mature. La seule constante semblait être la fascination mêlée de crainte qu'elle m'inspirait. D'autres fois, elle revêtait des caractères animaux. Elle se présenta ainsi une nuit sous l'aspect d'un tigre ailé et m'emmena sur son dos. Nous volâmes loin, vers des terres qui n'avaient rien de commun avec celles que je connaissais. J'étais dans le monde des esprits et elle reprit la première forme que je lui ai connu pour me le faire découvrir. D'abord ce fut une faune et flore inconnues et la chaleur d'un sol différent du nôtre sous mes pieds, puis elle me montra son corps nu sous la lumière d'un lune autre et nous fîmes l'amour contre la douce senteur de l'humus.
Mais, déjà, ses visites s'espacèrent. Le charme dura à peine quelques semaines : jusqu'à Imbolc, lorsqu'on porte les flambeaux chassant pour l'année le mal amené par l'hiver. Ce qui n'est aujourd'hui plus que la fête des crêpes fit néanmoins fuir ma belle amante, mettant ainsi fin à mes bacchanales hivernales. Nous sommes en mai et je pense toujours à elle chaque soir, espérant qu'elle me reviendra dès l'année prochaine. Oh comme j'ai hâte de voir les jours recommencer à raccourcir !

5 commentaires:

  1. Hey salut, à la ligne dix-sept tu as écrit "Son volâmes loin", c'est une faute de frappe ? J'suis fatiguée j'ai peut-être du mal à connecter les mots mais à première vue je comprends pas ^^'.
    Et "sous la lumière d'un lune autre" ?
    Sinon j'aime bien l'histoire et les sonorités agréables de "l'année le mal amené" et "bacchanales hivernales".

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    1. Alors là !... Effectivement, normalement il devrait être écrit "Nous volâmes loin". Je n'ai aucune idée de comment cette faute à pu se retrouver dans la version définitive du texte car je l'ai relu un sacré nombre de fois... Merci de me l'avoir signalé, je vais de suite corriger ça.
      En revanche "sous la lumière d'une lune autre" est voulu. Disons que c'est un essai de stylisation.

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  2. Oui oui bah j'étais fatiguée parce que là je vois pas de problème avec "sous la lumière d'une lune autre", ça m'apprendra à lire la nuit ^^'.

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    1. Ta fatigue a néanmoins permis de trouver une erreur qui m'avait échappée, ainsi qu'aux premiers lecteurs de ce texte.
      Je ne serais donc pas si prompt à décourager les lectures nocturnes. ;)

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  3. En effet. Les lectures nocturnes sont les meilleures ! ;-)

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