vendredi 20 avril 2012

Compte-rendu du concours de nouvelles du Kot Ardoise

Mercredi soir, je me suis rendu à la remise des prix du concours de nouvelles organisé par le Kot Ardoise. Pour les non-Belges, un kot est un logement estudiantin. Certains, comme celui-ci basé sur Louvain-la-Neuve, sont communautaires et chargés de projets culturels et sociaux. Par exemple, je suis moi-même responsable cette année à Namur du Kot&Jeux, qui promeut les activités ludiques sur le campus. Voici donc pour le belgicisme.
 
Bref, je me suis rendu à Louvain-la-Neuve pour une remise des prix de concours. J'avais appris l'existence de celui-ci un peu par hasard, via l'ami Google. Le thème était « La guerre est déclarée ». Vu que c'était gratuit et pas loin de chez moi, je m'étais promis de participer. Cependant, j'ai reporté ma participation durant des semaines en me disant « c'est bon, j'ai encore plein de temps », comme je le fais malheureusement pour des tas de concours et d'appels à textes. Or, je me suis finalement rendu compte que la date de remise des textes était le lendemain de celle de mon travail de fin de cycle, pour lequel j'étais par ailleurs en retard. Pas de bol, l'unif' passe avant le hobby : je me suis donc retrouvé à gribouiller en dernière minute et mort de fatigue une courte nouvelle que j'ai intitulée Un jour comme un autre.

 
Un peu plus de deux semaines se sont écoulées, la soirée de remise des prix est déjà là ; les jurés ont fait vite. Je prends le train, dans lequel je suis assis non loin d'une jeune fille ayant de fantastiques bottines de pirate à gigantesques boucles de cuivre (si d'aventure elle viendrait à me lire, qu'elle sache que, pour cela, elle a tout mon respect), parviens pour une fois à ne pas trop me perdre dans la ville et arrive à la Clef des Songes, sous la drache et un peu en avance (je ne me retiens pas sur les belgicismes aujourd'hui, tant pis pour les français qui me lisent).

 
Là, je me rends compte que le monde est décidément bien petit : sur les trois membres du jury (Erica Durante, Caroline De Mulder et David Vrydaghs), deux m'ont déjà donné cours ; j'ai koté avec une organisatrice du concours lors de mes deux premières années à l'université et je repère une ancienne camarade de classe parmi une salle pleine de romanistes ! On dépose les manteaux trempés et attend que tout le monde soit là, puis la remise des prix commence. Après une brève explication sur le système de sélection des lauréats (chaque juré a sélectionné trois textes anonymes, puis les organisateurs ont déterminé un podium de cinq marches) et les remerciement aux sponsors, la cinquième place est annoncée. Il s'agit du texte de Jean Laporte, sobrement intitulé La Clef. L'auteur reçoit son diplôme et la nouvelle est lue par un organisateur. J'ai beaucoup aimé celle-là, pleine d'humour et très riche de par son vocabulaire. 

 
La quatrième place du concours, proclamée par Erica Durante, va à Amaury Wallon, malheureusement absent à cette soirée. Sa nouvelle s'intitule La guerre est déclarée. Paix. À ce stade, je ne croyais personnellement plus à mes chances et à celles de ma bafouille, ridiculement courte comparée aux nouvelles déjà lues. J'avais tort car c'est mon nom qui est sorti immédiatement après : ma nouvelle a remporté la troisième place. Applaudissements. C'était la première fois que j'étais applaudi personnellement pour mon travail d'écriture ; d'habitude, je me contente de prendre une part de crédit à celui qui suit le traditionnel « Bravo également à vous tous pour votre participation ». Cela m'a rendu un peu chose mais c'était probablement parce que j'avais été donner du sang avant de venir. Ou alors c'est que j'étais ému, ou les deux. Je me suis levé et ai été chercher mon diplôme et le stylo-bille que j'avais gagné. Le diplôme me tutoie, est beige et signé par les jurés qui ont écrit « Bravo ! Chouette nouvelle » et « Très bien. Il faut continuer ». Je l'aime bien et vais sans doute l'afficher chez moi.

 
Je me suis rassis et Olivia a lu ma nouvelle. J'étais content de ne pas avoir à le faire moi-même — la lecture a haute voix n'a jamais été mon fort — et souriais lorsque les gens riaient. Parfois j'étais un peu gêné aussi, vu que mon narrateur n'est pas toujours très poli, mais je ne crois pas que les gens m'en aient tenu rigueur. J'étais également embarrassé car je me sentais un peu comme un misérable et opportuniste coucou namurois qui parasitait la couvée de ces pauvres concouristes louvanistes, les privant d'une victoire à domicile. Force était effectivement de constater que je devais être le seul dans la salle à ne pas étudier à l'UCL. Je profite ainsi de ce billet pour présenter mes excuses aux participants qui auraient été agacés par cette conduite.

 
Après cela, il était prévu de faire une pause. J'ai été boire un coca et discuter avec tous les gens que je connaissais et avais repéré en entrant. J'ai encore eu droit à quelques félicitations ; une fille m'a dit qu'elle n'avait pas compris le rapport au thème avant la fin, ce qui m'a fait plaisir car j'ai toujours du mal à gérer mes effets de chute. Au détour d'une conversation, j'ai découvert que je parlais à un rédacteur de la revue Ravage. Il était sympa (je pense même qu'il l'est toujours) et en plus j'aime bien cette revue. C'était donc une chouette rencontre.

 
La remise des prix ayant repris, le second prix a été remis à John-Henry Brichart pour son texte Le garçon en baggy qu'a lu David Vrydaghs. Enfin, le premier prix fut annoncé. C'est Magali Cleymans (mon ancienne camarade de classe) qui le reçut pour son texte Le noble jeu. On l'a applaudi plus longtemps que les autres et on a aussi applaudi les jurés et les organisateurs, qui le méritaient bien car tout s'était parfaitement déroulé. Ce qui est particulièrement chouette, c'est que, juste après, tout le monde a reçu un livre en récompense de sa participation. J'ai expliqué à Magali à quel point je me suis senti stupide en découvrant la chute de sa nouvelle. Elle a rigolé mais ce n'est pas grave car je suis sûr que la moitié de l'auditoire et aussi tombée dans le panneau. 

 
Les gens commençaient à partir. Je suis rentré à Namur dans un train si silencieux que c'en était presque effrayant, ai fait la danse de la joie dans la discrétion de mon couloir et au grand plaisir de mes cokoteurs, me suis cuisiné un repas trop peu diététique pour être mentionné ici et suis allé dormir tout content (après avoir mangé hein, je ne cuisine pas des trucs bof pour les laisser dans le plat).

Bref, j'ai été à une remise des prix.

17 commentaires:

  1. Génial ton récit ^^ - on s'y croyait avec toi ! Bravo encore pour cette jolie place :-)

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    1. Merci à toi. Je suis content que le récit plaise, j'avais un peu peur qu'il soit trop centré sur moi et pas assez sur le concours...

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  2. Bonjour Julien, nous ne nous connaissons pas mais je te remercie d'avoir publié ce compte-rendu sur ton blog. J'ai aussi participé au concours et je n'avais pas eu de nouvelles des membres du Kot Ardoise depuis que je leur avais rendu mon histoire. Je n'étais par conséquent pas au courant que la remise des prix aurait lieu le 20 avril. Ce jour-là je suis donc resté chez moi les mains vides au lieu d'assister à la cérémonie et de repartir les mains tout aussi vides. Comme je commençais à me poser des questions, j'ai fait une petite recherche avec l'ami que nous avons en commun et je suis tombé sur cette page. Ma curiosité allait enfin être satisfaite.

    Bien entendu, j'étais un peu moins satisfait quand j'ai vu que je ne faisais pas partie des cinq gagnants. Je suis mauvais perdant, mais je te félicite quand même pour cette belle troisième place. Quand j'aurai le temps, je pense que je vais lire au moins certaines des nouvelles récompensées si elles sont disponibles, y compris la tienne (surtout si elle est courte), ne fût-ce que pour m'assurer qu'elles sont efffectivement meilleures que ma nouvelle.

    Signé : L'écrivain masqué (ah ah !)

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    1. Je suis ravi que mon compte-rendu ait été utile... et désolé de ton infortune. Les cinq nouvelles lauréates ont été envoyées par courrier électronique à tous les participants mais, visiblement, tu as été oublié. Tu peux me laisser ton adresse email et je te les ferai suivre, ou alors tu peux directement contacter le Kot ardoise pour les leur demander (et ainsi préserver ton anonymat).

      Bonne lecture si tu parviens à mettre la main sur les nouvelles ! :)

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    2. Voilà une sympathique proposition. Tu peux m'envoyer les nouvelles à cette adresse (formulée de telle façon que je puisse éviter de me retrouver avec plein de pourriels pour du viagra ou pour des femmes cougars dans ma région) : anh[dot]bui[at]student[dot]uclouvain[dot]be

      C'est quand même curieux que je n'aie reçu absolument aucune information du Kot Ardoise, alors que je leur avais remis ma nouvelle en mains propres et indiqué sur les feuilles mon nom, mon orientation d'études, mon adresse électronique et mon numéro de téléphone. Comment ont-ils fait pour ne pas réussir à me contacter ? C'est à se demander si ma nouvelle a vraiment été lue.

      Les nouvelles non lauréates sont-elles disponibles quelque part ?

      Signé : L'écrivain plus très masqué

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    3. Étrange, en effet. Et ce n'est vraiment pas de chance...

      Pour les nouvelles non lauréates, je ne sais pas, mais je t'ai transféré le courrier électronique avec les cinq autres.

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    4. Merci, c'est très aimable de ta part. J'ai quand même envoyé un courriel au Kot Ardoise pour savoir pourquoi j'ai été oublié.

      J'ai lu ta nouvelle et j'aime bien : c'est simple et efficace. Je trouve que tu utilises ici un style sans artifices qui se lit vite et facilement. C'est aussi beaucoup moins prétentieux que ma nouvelle.

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    5. Merci, mais si tu as l'occasion de lire d'autres textes de moi, tu te rendras compte que tous ne sont pas similaires du point de vue du style. On me dit même parfois que je suis pénible à lire.
      Il faut donc croire que j'étais d'humeur à faire les choses simplement, en écrivant ma nouvelle pour le concours...

      Si la tienne est disponible quelque part, ce sera avec grand plaisir que je la lirai, en tout cas. ;-)

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  3. Bien sûr, je ne prétends pas que tu utilises toujours un style simple et encore moins que je n'aime que la simplicité. J'écris parfois moi-même dans un style excessivement grandiloquent. "Un jour comme un autre" n'est en tout cas aucunement pénible à lire.

    Je viens par ailleurs de lire "La Clef" de Jean Laporte. Je trouve sa nouvelle vraiment réussie.

    Le Kot Ardoise m'a dit que mon adresse électronique n'avait pas été incluse dans leur liste, mais que ma nouvelle avait bel et bien été prise en compte. D'un côté, ça me soulage, mais de l'autre, ça veut dire que le jury n'a probablement pas aimé ma nouvelle. C'est pas grave, ça me renforce dans mon sentiment d'artiste incompris !

    Je t'ai envoyé ma nouvelle par courriel. J'en ai aussi profité pour faire quelques petites corrections ou modifications. Comme toi, j'ai dû rédiger l'histoire en toute hâte parce que j'avais donné la priorité au travail abondant pour l'université.

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    1. Je viens de lire ton texte. Je l'ai apprécié, quoique je dois dire avoir préféré le récit enchâssant à l'enchâssé. Perrandon Trancheracine m'a bien fait rire, ainsi que la "tirade de porno". On dirait que tu t'es vraiment amusé à l'écrire en tout cas, à voir le nombre de références qui y sont semées... Ça part dans tous les sens, j'aime bien.

      D'autre part, je t'aurais sans doute sélectionné dès le félin parlant, mais je ne suis guère objectif, étant un homme à chat notoire... :p

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  4. C'est marrant, j'avais peur que le récit-cadre "gâche" le récit enchâssé, mais en fin de compte on dirait que j'ai bien fait de le laisser. Merci pour cet avis en tout cas, ça fait plaisir de savoir qu'il y a au moins une personne qui a apprécié ma nouvelle.

    Dis-moi, ça t'arrive souvent d'écrire de la fiction ? Et tes textes sont-ils toujours publiés quelque part ? Je pose la question parce que en ce qui me concerne, d'une part j'ai parfois des idées de récit que j'aimerais concrétiser, mais d'autre part je manque souvent de motivation car je ne peux espérer être lu que par un cercle restreint (composé notamment de moi-même)... Les concours comme celui du Kot Ardoise me donnent une excuse parfaite pour faire un effort, mais autrement j'ai du mal à trouver la motivation pour écrire. En fait c'est précisément quand je n'ai pas le temps d'écrire que je ressens le plus le désir de le faire.

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    1. C'est sûr que ce n'est pas toujours facile de se motiver à écrire. Des idées que j'ai la flemme d'exploiter, j'en ai des tas aussi.

      Je publie un peu, dans des fanzines. Tu peux consulter la liste, assez courte, via l'onglet "Mes textes" de ce blog. J'ai peut-être publié ou fait lire un quart de ce que j'ai écris, et selon moi ce ne sont pas toujours les meilleurs textes. Ce n'est pas grand chose mais les quelques retours que ça entraîne permettent de se remotiver un peu et de continuer à faire des projets.
      Clairement, je ne pourrais pas écrire tout seul dans mon coin. Je ne suis pas de ces auteurs qui disent que l'écriture est une drogue. Moi, j'écris avant tout pour être lu et, si je cessais de l'être, j'arrêterais sans doute d'écrire.

      Bref, je te comprends parfaitement lorsque tu dis manquer parfois de motivation. C'est vraiment dur de passer des heures sur une œuvre sans savoir si l'on aura jamais l'occasion de la partager...

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    2. C'est exactement ce que je voulais dire, mais tu l'as exprimé mieux que moi. Même si écrire peut procurer un sentiment d'épanouissement, je ne peux être suffisamment motivé que si j'ai la certitude d'être lu. Et vu que je préfère écrire non pas en français mais dans la langue de Shakespeare quand il s'agit de fiction, je ne sais pas trop où je pourrais partager mes textes (à part sur la Toile).

      Quoi qu'il en soit, j'espère pouvoir lire ta contribution au concours de l'année prochaine si tu y participes. Si j'ai suffisamment d'inspiration, j'essaierai également d'écrire un petit quelque chose. On se verra peut-être à la remise des prix (parmi les gagnants, de préférence) si le Kot Ardoise n'oublie pas de me contacter.

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    3. Nous verrons bien, j'évite d'habitude de faire des plans un an à l'avance. ^^

      Concernant ton problème, es-tu inscrit sur des fora consacrés à l'écriture ? Car ils sont nombreux à proposer des jeux collectifs, avec thème imposé et obligation pour tous les participants de lire et commenter les récits des autres. J'en fais régulièrement et apprécie ce système car il offre une échéance empêchant la procrastination et garanti un nombre minimum de lecteurs.

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  5. Effectivement c'est plutôt intéressant comme système. Par contre les thèmes imposés ça me plaît moins, vu que parfois j'écris surtout parce que j'ai des idées de récit qui me viennent à l'esprit et que j'ai envie de concrétiser (et qui ne sont bien entendu pas forcément compatibles avec les thèmes imposés). Mais ça peut éventuellement me tenter si jamais je veux vraiment écrire simplement pour le plaisir d'écrire (et d'être lu).

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  6. Julien, quelle belle surprise cet article et cette place de choix sur ton blog :)

    En tant qu'organisateurs, ça nous fait vraiment plaisir de découvrir la manière dont tu as vécu le concours, de l'écriture à la remise des prix !

    Tes mots nous donnent déjà envie de lancer la troisième édition l'année prochaine à laquelle (sans doute?) tu participeras !

    Que tu sois un coucou namurois ou liégeois, qu'importe... le plaisir de te lire reste identique :)

    Merci à toi

    Le kot ardoise

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    1. Ce sera en effet avec plaisir que je participerai à votre prochain concours.
      Encore un grand merci à vous pour l'organisation sans faux-pas ! :)

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