lundi 3 décembre 2012

100 histoires de sorcellerie : poème 65

Heureux les affligés...

... car ils seront consolés !
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Évangile selon Matthieu,
chapitre cinq, verset quatre.

Un soir d'hiver, sur le trottoir,
Un sans-abri tout seul frissonne.
Las, il frictionne ses doigts noirs,
Crachant dessus son souffle ivrogne.

Il prend son flacon de rhum brun
Posé à même le bitume ;
En ôtant le bouchon soudain,
Il le respire et il le hume.

L'homme soupire en contemplant
Le triste fond en sa bouteille,
Qui a coûté tout son argent
Et qu'il a ouverte la veille.

Levant les yeux vers l'astre plein,
Il dit tout bas : « Entends-moi, Lune !
Il se peut fort qu'avant demain
Je gise glacé en ma turne.

« Tu fus pour moi un réconfort
Durant une bien triste vie ;
Sans doute ce soir vient la mort,
Alors je bois à une amie. »

À cette étrange invocation
Accourt un escadron de fées,
Qui font perler en son flacon
Un peu de poussière argentée.

La nuit s'écoule et l'homme boit
Cette décoction étonnante,
Une sorte d'ayahuasca
Réchauffant la tête et le ventre.

Or un tel nectar est la clef
Déverrouillant le doux royaume
Des esprits qui, pleins de bonté,
Y ont invité le pauvre homme.

Grand bien lui a donc fait d'aimer
Les étoiles plus que ses frères
Car les premières l'ont aidé
Là où on l'aurait mis en bière.

Heureux ceux qui savent parler
Aux esprits et à la nature
Car ce sont les derniers sorciers
— Prions pour que leur règne dure !

01/12/2012

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