lundi 8 avril 2013

La Chute des caramels

J'ai récemment été victime du « poisson d'avril » de Danielle Akakpo, qui avait organisé via le forum du Cercle des Maux d'auteurs un faux jeu d'écriture, soi-disant pour occuper le congé du lundi de Pâques. Je n'y ai vu que du feu...

Le thème qui était proposé était « Coup de tonnerre dans le monde de la littérature » ; voici ci-dessous la fiction qu'il m'a inspirée (et qui se base en partie sur une scène que j'ai vécue). Au final, un petit concours opposant les différentes histoires produites en cette occasion a tout de même eu lieu. Mon texte l'ayant remporté, cela rattrape un peu ma déconfiture du précédent.

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Un vieux monsieur avec une barbichette, une grosse dame avec trois mentons et un jeune homme à l'air tourmenté sont dans un ascenseur. L'ascenseur se trouve dans les bureaux d'une maison d'édition parisienne très renommée. Ses trois occupants sont des écrivains.

Ils ont quitté ensemble les bureaux, que chacun avait visités pour une raison différente. Le premier semble joyeux comme le sont souvent les vieux à barbichette, la seconde tire la gueule comme le font toujours les gros dotés d'un peu de lucidité et le troisième n'affiche rien sinon du tourment, car c'est son personnage et qu'il sait trop combien ses ventes en dépendent pour s'en départir ne fut-ce qu'un instant.

L'ascenseur descend très lentement, les bureaux de la maison d'édition très renommée se trouvant tout en haut d'un très haut gratte-ciel. Durant les premiers instants, le vieux sourit, la grosse râle et le jeune se donne un genre. Puis, le vieux monsieur décide de déjà mettre ses gants en prévision du froid qu'il fera dehors, malgré qu'ils soient encore haut dans la tour.

Toc ! Un bruit se fait entendre. Les trois baissent les yeux. Sur le sol de l'ascenseur se trouve un caramel emballé dans un papier noir et doré.

— C'est à moi, dit le vieux. Il a dû tomber alors que je sortais mes gants de mes poches.

Les autres se remettent à tirer la gueule et à se tourmenter, tentant par là d'afficher leur manque total d'intérêt pour cette histoire de caramel. Mais le vieux continue. Visiblement, il n'aime pas le silence. Ou peut-être veut-il simplement communiquer sa bonne humeur...

— C'est un Chokotoff, un caramel belge. J'ai toujours des Chokotoffs en poche. (Il dit cela avec une certaine fierté.)

Devant le silence maussade des deux autres, il ajoute d'un air provocateur :

— D'ailleurs, j'affirme que les poches ne servent à rien sinon à contenir des caramels ! (Pris de gêne, il se corrige précipitamment.) Et aussi des gants, bien sûr. Mais surtout des…

À cet instant précis, le câble de l'ascenseur se rompt. L'habitacle tombe à toute vitesse ; les trois écrivains sont tués. Le lendemain, un grand quotidien titre : « Coup de tonnerre dans le monde de la littérature ». L'un de ces trois-là était un génie. Il est mort. Mais qui était-ce ? Le vieux caramel barbichenu, le jeune caramel mou ou la grosse à qui tout cela donnait faim ? Allez savoir...

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