mercredi 6 novembre 2013

Brève de comptoir

Comme prévu, je vous donne aujourd'hui à lire ma seconde microfiction/dépêche non-sélectionnée par l'association Transition pour La Gazette du Clair-Obscur. Il s'agit d'une petite bafouille se voulant un peu drôle, et sans doute aussi un peu critique vis-à-vis d'une certaine « tendance monothéisante » du paganisme contemporain.

Le format réclamé par la gazette imposant une grande concision, j'ai dû réduire au minimum la description des protagonistes. Cependant, le pilier de comptoir mis en scène très discrètement dans ce texte est en fait l'un de mes nouveaux personnages récurrents. Vous aurez donc sans doute prochainement l'occasion de le retrouver plus développé dans des récits plus longs. Je compte d'ailleurs placer cette petite scène, en la rallongeant un peu, dans une nouvelle sur laquelle je travaille actuellement. Considérez-la donc comme un amuse-bouche précédant le plat de résistance.

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Brève de comptoir
Dans un troquet sordide, le jour de Samhain, une pinte dans chaque main un vingtenaire s’approche d’un habitué d’aspect éteint. Il pose les bières sur sa table, conformément à l’usage de payer les renseignements en liquide. « Je projette un rituel, pour ce soir. J’aimerais ton opinion. » Il sort un cahier ; l’autre renifle. « — Qu’est-ce que c’est que ça ? — Mon livre des Ombres. Je veux te montrer mon plan. — Si tu veux mon opinion, arrête de te croire dans Charmed et use tes mots. — Euh… ma femme et moi, on essaye d’avoir un bébé depuis plusieurs mois. Alors je compte invoquer la Déesse pour... — Pas ce soir : attends Beltane et son union avec le Cornu. Et puis, ne sois pas un mouton bêlant après elle comme tout le monde. Elle est débordée, tu sais. Vois ça avec Apis ; il est pas aussi sympa mais s’y connait en saillies. D’ailleurs, t’as de la chance : j’ai justement ce qu’il te faut. » Il fouille dans son sac et en sort une antique statuette en bronze figurant un taureau anthropomorphe. « Je te la fais à cinq mille... »
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Comme prévu également, voici l'explication de mon texte intitulé Arrestation d'un goétien va-nu-pieds que je vous annonçais vendredi dernier. N'allez donc pas plus loin si vous ne l'avez pas encore lu !

Je suppose que la mention de « dromaliusan » n'a pas manqué d'intriguer certains d'entre vous ; la faute en est en fait à Axel D. — le témoin cité — qui a mal lu ces lettres « réparties comme des chiffres d'horloge » : le sigil mentionnait en réalité le démon Andromalius.
Le Lemegeton Clavicula Salomonis (traité de magie rituelle anglais datant du XVIIème siècle, dont une version numérique est disponible ici) précise à propos d'Andromalius qu'il est capable de faire revenir les biens volés et de découvrir les trésors cachés (« his office is to bring a theefe & goods yt are stolen, Back; [...] & to discover Treasure that is hidd [...]. ») ; vous comprenez dès lors pourquoi c'est ce démon-là que notre « goétien va-nu-pieds » a décidé d'invoquer.

Cependant, il ne se base pas sur le sceau tel qu'il est inscrit dans le grimoire original, mais tel qu'il se trouve dans The Goetia: The Lesser Key of Solomon the King, l'édition révisée de sa première partie publiée en 1904 par Samuel Mathers et Aleister Crowley, deux célèbres occultistes. Le voici, certes assez peu reconnaissable d'après la description lacunaire qu'en fait mon texte :


Voilà donc le rituel (sanglant car j'ai pris quelques libertés créatrices) auquel s'est livré le sans-abri de mon histoire. Quant à la seconde question que je vous posais (la police est-elle sur la bonne piste ?), sachez que le Grimoire d'Armadel est un autre traité de magie rituelle (français, celui-ci) du XVIIème siècle. Il a des points communs avec le Lemegeton car les deux sont adaptés d'un même ouvrage plus ancien : la Clavicula Salomonis, datant vraisemblablement du XIV ou du XVème siècle et rédigée initialement en latin ou en grec (un autre point commun entre les deux est que Samuel Mathers a également publié une édition révisée du Grimoire d'Armadel).

Cependant, Andromalius et son sceau ne sont pas cités dans ce second grimoire. Le ticket de bibliothèque peut donc mettre la police au parfum des « tendances magiciennes » de son suspect, mais ne l'aidera pas à comprendre ce qui s'est vraiment passé dans le parking souterrain.

Voilà. Je vous l'avais bien dit, que j'avais fait des recherches...

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