samedi 27 décembre 2014

Portrait de Jean Ray

Je vous ai déjà souvent parlé de mon auteur favori : Jean Ray. J'ai eu hier l'idée de réaliser son portrait.


Cette linogravure est de très loin ma préférée, à ce stade. C'est en fait celle dont la réalisation m'a offert les meilleures sensations. J'avais à la base l'intention de graver de façon très méthodique, en délimitant des zones précises (je me suis basé sur une photographie illustrant cet article du Nieuwsblad). Cependant, très vite — dès que mon esquisse au stylo-bille a commencé à s'effacer sous les frottements de ma paume, en fait —, je me suis lancé à l'instinct et me suis mis à hachurer assez furieusement ma plaque.


Je crois que la musique a beaucoup joué, dans ce revirement. J'écoutais en travaillant un album que j'affectionne tout particulièrement (et que j'écoute d'ailleurs encore en rédigeant ce billet) : Le Désir des grands espaces. Il a été produit par Djinn SaOUT, un groupe namurois — comme moi — que j'ai découvert à dix-sept ans et que j'écoute très régulièrement depuis lors. Il s'agit de formidables chansons à texte, et je pense donc que me concentrer dessus m'a permis de me libérer du « poids de la gouge » et, me faisant davantage confiance, de graver cette image, à mes yeux très réussie. Du reste, il me paraît utile de souligner que Djinn SaOUT est, à mes yeux, l'un des plus dignes héritiers (voire même, j'ose le terme, que certains jugeront anachronique : plus dignes représentants contemporains) de l'« école belge de l'étrange » fondée par Ray. Il n'est donc guère étonnant que les deux se soient si bien accordés...

Toujours est-il que j'ai vécu un moment de très grande satisfaction, durant lequel je ne me suis plus senti être un « type qui chipote avec des gouges » mais, très brièvement, un artiste. Cela se ressent, à mon avis, dans l'estampe qui — sans être non plus parfaite, bien sûr — a autrement plus d'allure que les précédentes. Il me semble en tout cas qu'on retrouve dans certains traits la fébrilité qui me portait. 

Il est aussi intéressant de noter que, pour une fois, je n'ai pas pris le temps d'inspecter minutieusement mon travail, à la recherche d'éventuels défauts : j'ai aussitôt sorti mon encre pour procéder à l'impression. Et — fait inhabituel — la toute première estampe produite est celle que j'ai scannée pour vous montrer. D'ordinaire, celle-ci ne me satisfait jamais ; cette exception est donc d'excellent augure.


La plaque gravée – cliquez pour agrandir.

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