dimanche 5 juillet 2015

Mystère égyption #4

IV
Le dieu solaire était à son midi ; depuis six jours déjà, il penchait sur la ville un front caniculaire. Les boutiques et les rues dès lors étaient désertées, et tout jusqu’aux crocodiles sacrés du temple de Sobek semblait abdiquer ses efforts dans la fournaise.

Dans une suite du palais royal, derrière les franges d’un rideau perlé raidi par l’air immobile, la fille du Pharaon se reposait. Elle était alanguie, nue sur son lit de bois doré, un voile de coton sur la croupe. Et les quatre pieds du meuble, sculptés en griffes de grands fauves, seuls semblaient garder sa pudeur, que trahissait, retors, le drap moulant ses courbes.

Même le flabellifère avait été congédié, si bien qu’on eut pu croire sa peau dorée à l’abri de tout regard. Pourtant, un pas léger vint se faire entendre, et deux grands yeux verts qui rasaient le sol se reflétèrent, émeraudes pâles et mobiles, sur le planché laqué. Comme s’il avait reçu un sauf-conduit de ses grands frères stylisés, le chaton de la princesse, d’un bond agile, vint s’inviter sur sa couche.

Glissant sous le tissu, aveugle soudain, le petit animal s’en dépêtra avec vigueur, dévoilant innocemment un peu plus la chair princière. Charmée par son pelage gris tacheté, elle l’avait personnellement choisi car elle savait qu’un jour, débarrassé de la turbulence impubère dans laquelle il s’empêtrait, ce compagnon l’égalerait en grâce.

Pour l’heure, après s’être frotté du dos sur le ventre de sa maîtresse, il alla se blottir contre sa gorge. Fermant ses yeux verts, il y tendit le cou pour accueillir la caresse ensommeillée d’une main baguée.
 
03.VII.2015


Dans la même série : I - II - III

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