mardi 11 août 2015

Mystère égyptien #5

Ce poème s'inspire d'un passage de Là-bas de Joris-Karl Huysmans (éd. Tresse & Stock, [1891] 1895, chap. XX, p. 397) : « En Égypte, le dieu à tête d’épervier était le dieu qui possédait la science des hiéroglyphes ; autrefois, dans ce pays, les hiérogrammates avalaient le cœur et le sang de cet oiseau, pour se préparer aux rites magiques [...]. »
Je suis assez content du premier paragraphe ; un peu moins de la suite...


V

Dans une volière immense dédiée au dieu Horus, l’enfant a seul le soin d’une nuée d’éperviers. Il a dix ans, son monde est cette cage, sa famille ces volucres ; il les chérit, les nomme « rubis » ou « sucre » et, de sa gorge impubère, imite leur langage. Grâce à eux il oublie les affres du noviciat.

Retentit l’appel impérieux de son maître. Docile, il tend le poing pour que s’y pose un rapace, priant son patron Harpocrate que ce ne soit son favori. Son cœur est lourd mais le prêtre s’impatiente ; ses petons nus battent le sol de marbre ; sur son épaule, la mèche de l’enfance rythme sa marche.

Le hiérogrammate qu’il sert l’attend, pressant, tenant brandie sa lame ivoirée, jadis taillée dans une canine d’hippopotame. Face à lui sont disposés un papyrus vierge, de l’encre et un calame. Trop familier du rituel, le garçon détourne des yeux que l’innocence a dès longtemps quitté.

Le menton rouge du sang de l’oiseau, ayant englouti son palpitant tout chaud, le magicien, d’une voix sourde, gonflée par le sacrifice, invoque un génie massacreur qu’il désire soumettre à son joug. Arrachant son nom au silence, l’aruspice l’inscrira en formule, lui volant ainsi sa liberté.
09.VIII.2015


Dans la même série : I - II - III - IV

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