dimanche 10 janvier 2016

L'illustration de couverture de mon recueil

J'en ai déjà parlé dans ma vidéo de déballage, mais je souhaite revenir aujourd'hui en détails sur la signification et les références de l'illustration de couverture de mon recueil. Pour rappel, celle-ci a été dessinée à la plume par mon amie Agathe Gabrielle Delaite.


Le concept, en revanche, est de moi. Il est en fait bien antérieur à la signature du contrat d'édition et même à la rédaction de certains textes inclus dans le recueil. C'est en août 2014, au terme d'une longue rêverie estivale, en voiture je pense, que j'ai eu cette idée de me représenter avec les attributs du démon Baël.

Mes premières notes relatives à cette idée, datées du 11 août 2014.

Baël (je préfère l'écrire avec un tréma, pour la mini-homologie avec mon propre patronyme) est un démon majeur, parfois assimilé au dieu sémite Baal. Réputé roi de la partie orientale des Enfers, il est référencé en toute première position dans le fameux Pseudomonarchia daemonum (1577) et dans l'« Ars Goetia » du Lemegeton Clavicula Salomonis (XVIIe siècle). La raison pour laquelle je l'ai choisi, outre sa consonance, est qu'il est dit commander 66 légions infernales ; or il y a 66 poèmes dans mon recueil.

Sa représentation traditionnelle consiste en un être tricéphale (aux têtes d'humain, de chat et de crapaud) juché sur des pattes d'araignée. Ceux d'entre vous qui ont déjà lu le livre savent que ces animaux ne sont pas absents de mes vers. D'autre part, la tête humaine offrait l'opportunité de me mettre en scène et ainsi dispensait d'afficher ma photo en quatrième de couverture, ce dont je n'avais pas vraiment envie. Comme conserver la couronne qui la coiffe traditionnellement aurait été fort prétentieux, nous avons opté pour ce joli shako orné d'un sphinx tête de mort (plusieurs autres idées avaient été évoquées : un casque à pointe, un bonnet de Père-Noël...).

Louis Breton, « Baël », gravure par M. Jarrault, illustration pour Jacques Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, [1818] 1863.

Si vous observez le brouillon montré plus haut, vous constaterez que le concept a un peu évolué, entre sa phase de planification et sa réalisation finale. Il avait ainsi été envisagé qu'une patte brandisse une poule noire par le cou, qui lâcherait un œuf en vol ; celle-ci s'est finalement retrouvée dans la gueule du chat. J'avais aussi pensé à enfiler au bout de chaque patte un patin à roulettes, en référence à Harry Potter, mais cela complexifiait un peu trop l'affaire, au regard de l'espace disponible sur la couverture. C'est donc par esquisses successives qu'Agathe et moi avons construit cette image. En voici quelques unes.




Le dernier élément ajouté est la marotte macabre. Celle-ci me tenait à cœur car elle constitue une référence à l'univers de Félicien Rops, dont l'influence est présente partout dans mon recueil, en filigrane. On trouve en effet un sceptre très semblable dans une de ses Dame au pantin et un autre croisé avec sa pointe sèche, dans la représentation de la devise qu'il s'est créée et conformément à laquelle il vécut : « Rops suis, aultre ne veulx estre. »

Je ne suis du reste pas le premier à oser cet hommage, puisqu'on retrouve cette même marotte sur la marge d'une œuvre du peintre gantois Jan Frans de Boever (1872-1949), à mes yeux un héritier spirituel de Rops. Le titre de cette œuvre ? Sabbat. Comme quoi on y revient toujours...

Félicien Rops, La Dame au pantin, aquarelle et crayon de couleur sur papier, 38,5x26,5 cm, 1885.

Félicien Rops, détail de Portrait de Rops à la marotte macabre, eau-forte, 45x32 cm, 1887.


Jan Frans De Boever, Sabbat, gouache sur papier, 32x23 cm, 1917.

2 commentaires:

  1. Merci pour toutes ces explications savantes, Julien ^^

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    1. Ma foi, je ne sais pas si l'on peut dire que c'est là une science. Mais je voulais tout de même une couverture qui signifie quelque chose, qui illustre vraiment le contenu du recueil.
      C'est avec plaisir, en tout cas. C'est typiquement le genre d'œuvres que j'aime faire partager. :)

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