mercredi 24 février 2016

Sorts de protection des livres

Vous connaissez sûrement mon goût pour l'autodidaxie. C'est par moi-même que j'ai appris la versification et quelques rudiments de gravure. J'aime ainsi expérimenter, sortir de ma zone de confort et rencontrer de nouvelles techniques. Le dernier défi en date que je me suis lancé concerne la calligraphie.

Depuis toujours, je suis un peu complexé par ma manière d'écrire ; il ne s'agit pas exactement de pattes de mouches, mais d'une calligraphie un rien enfantine et assez peu élégante. Ayant recouru par le passé à l'écriture manuscrite pour des poèmes visuels — et envisageant de le faire encore à l'avenir dans le cadre d'autres projets — j'ai l'envie de m'améliorer un peu dans ce domaine. Et, pour cela, rien de tel que la pratique.

Plutôt que de remplir des cahiers de lignes et de lignes recopiées, j'ai pensé à une manière ludique d'apprendre les rudiments de cet art : je vais inscrire des sorts de protection sur une partie des livres de ma bibliothèque. Il ne s'agit pas du tout d'une invention de ma part, car c'est là une pratique presque ordinaire au cours de l'Antiquité et du Moyen Âge (il y a même une page Wikipédia sur le sujet, c'est pour dire !). En gros, ce terme désigne des malédictions inscrites sur un manuscrit et destinées à un éventuel voleur (les livres, rappelons-le, étaient des biens très précieux jusqu'à l'invention de la presse). Ceux d'entre vous lisant couramment l'anglais pourront trouver sur medievalists.net une liste des sorts de protection des livres les plus originaux.

Ayant quant à moi un bon stock de livres de (très) peu de valeur achetés en bouquinerie, je peux me permettre quelques essais-erreurs. Mes deux premières tentatives, réalisées cette semaine, ne me paraissent du reste pas si mal...

  • La première a été écrite à l'avant de mon exemplaire du fort mauvais Manuel de magie pratique de R.L. Béranger (éd. De Vecchi poche, 1988). Pour rédiger ce texte, j'ai compulsé le bon vieux Dictionnaire d'ancien français de Frédéric Godefroy. Il va de soi que c'est là de l'« ancien français de cuisine » ; mon but était avant tout d'« archaïser », de donner à ce pseudo-sort l'apparence d'avoir été écrit dans cette langue. Cette démarche, en somme, n'est pas très différente de celle adoptée par Charles De Coster dans ses romans ou par Rops dans certaines lettres.

    Ma malédiction se traduit à peu près comme suit : « Iulien Noël [sic], petit clerc en magie, possède ce beau livre. Gardez-vous de tout larcin ou vol ; vous seriez frappé de sombre malédiction, parce qu'il sait invoquer des diables horribles. » Il y a plein de fautes, bien sûr (je n'étais déjà pas très bon en ancien français à l'université), mais je pense que cela peut ajouter au comique de la chose...


  • La seconde se veut plus simple et plus drôle. Je l'ai inscrite à la fin d'un de mes Rampa : Les Clés du nirvâna (qui a du coup certainement doublé de valeur, mais ne vaut toujours qu'un bouton de pantalon et demi). Cette malédiction-ci est simplement constituée de quatre vers, en français moderne, et comporte une petite référence à Charles Nodier.


On ne peut certes pas dire que c'est excellent, mais c'est un début correct, me semble-t-il. Certaines lettres, dont les majuscules, ne rendent selon moi pas trop mal ; d'autres, en revanche, sont fort maladroites. Je ne me suis du reste encore attaqué qu'à une vague minuscule caroline, une écriture des plus simples. J'aimerais par la suite — quand je me serai un peu fait la main — me pencher sur certaines écritures gothiques. Vous risquez donc de voir encore beaucoup de sorts de protection de ce genre défiler sur mon blog.

D'ailleurs, depuis que je me suis lancé dans ce projet, j'envisage une foule de débouchés amusants. Je pourrais par exemple faire circuler certains de ces livres via des brocantes et imaginer la tête de qui découvrira leurs malédictions. Ou même ouvrir une bouquinerie annonçant clairement en devanture : « Livres maudits : achetez-les à vos risques et périls ! » Selon vous, ça pourrait marcher ?

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