vendredi 13 janvier 2017

Ray's Day 2016 : bilan

Je continue le rattrapage de mes tâches en retard. Après vous avoir enfin livré l'intégralité du « making of » (partie 1 ; partie 2) de ma plaquette autoéditée à l'occasion du Ray's Day 2016, il me reste, comme convenu, à faire le bilan de l'expérience.

J'ai déjà traité la question de la conception dans de précédents billets : ce fut tantôt enthousiasmant, tantôt immensément frustrant ; il y a eu des moments de grande joie lorsque je voyais le livre prendre forme, et il y a eu des phases d'arrachage de cheveux, où je ne pouvais plus imaginer parvenir à le finir.

Il en va ainsi de toute entreprise en partie expérimentale, je pense : j'ai souffert de mes erreurs, et je ne les répéterai pas. En cela, je pense avoir beaucoup appris via ce projet, qui m'a permis de développer plusieurs nouvelles compétences comme la reliure ou la gestion de commandes. À cet égard, le bilan est d'ores et déjà positif. Il me reste cependant plusieurs autres points à traiter...


La confection

Une fois le livre conçu, il a encore fallu le reproduire en un nombre suffisant d'exemplaires. Somme toute, cela a été de plus en plus facile, puisque j'ai progressivement acquis l'habitude de certaines opérations très « mécaniques ». Dans sa plus grande partie, ce fut dès lors une phase très satisfaisante pour moi.

Je ne cache pas être un perfectionniste, un de ceux qu'on appelle parfois à tort « maniaque ». Par conséquent, je prends plaisirs aux opérations requérant du soin et de la précision, et me soucie assez peu qu'elles soient répétitives (c'est pourquoi je me suis passionné, adolescent, pour la confection de cottes de maille, et sans doute pourquoi je suis aujourd'hui attiré par la poésie classique ou la pointe sèche). La mise au format et la reliure du livre, une fois la phase d'ajustements finie, présentait donc une sorte de vertu apaisante. Je m'y suis consacré en musique (durant ce mois d'août 2016, j'ai énormément écouté Aurora, Lucius, Noir Désir et Brigitte Fontaine) et garde un excellent souvenir de ces heures de travail.

Néanmoins, quelques erreurs ont été à déplorer, et il m'a donc fallu remplacer une partie des éléments imprimés. Et c'est là que j'ai recommencé à me prendre la tête, puisqu'une fois encore j'ai fait l'expérience du calibrage variable d'une machine à l'autre, même de modèles qui m'apparaissaient strictement identiques. Ajoutons à cela que j'ai imprimé le livre dans deux centres de copie différents (un qui disposait du papier vert marbré de la couverture ; un autre dont la qualité d'impression des images était supérieure) et que je méconnaissais complètement leurs horaires exacts d'ouverture. Cela a donc causé un certain nombre d'allers-retours rageurs et de recherches infructueuses d'alternatives.

Bref. Mon idée d'imprimer ma plaquette sur feuille A4 et de les retravailler manuellement par la suite n'était pas mauvaise en soi, mais elle impliquait tant d'ajustements et de calculs qu'à la moindre variation, plus rien ne fonctionnait. J'aurai donc soin d'améliorer ce système, la prochaine fois... Un grand avantage demeure cependant son coût, qui n'excède pas un euro par exemplaire. Pour un livre intégralement produit en Belgique et à un si petit tirage, cela me paraît assez exceptionnel....


Le tirage au sort

Comme prévu, les livres ont été distribués via un tirage au sort, organisé sur mon blog et promu par l'intermédiaire des réseaux sociaux. J'ai reçu les premières « candidatures » dès les minutes qui ont suivi la mise en ligne de mon annonce, et ai été fort agréablement surpris par l'enthousiasme et les encouragements qui m'étaient témoignés au travers de ces courriers électroniques (je ne demandais somme toute qu'une adresse postale, mais la majorité y ont mis des formes, ce qui fait toujours plaisir).

Je ne cache néanmoins pas avoir été un peu déçu par le nombre de personnes intéressées. En tout et pour tout, quarante-quatre se sont manifestées. C'était certes une excellente nouvelle pour elles, qui avaient dès lors une chance sur deux de recevoir un livre, mais c'était comme un désenchantement pour moi qui considérais en partie ce projet comme un « pilote », destiné à démontrer la faisabilité d'une éventuelle activité semi-professionnelle d'éditeur. Cette déception se formulait ainsi : « Si je ne trouve pas une cinquantaine de personnes intéressées par mon produit alors qu'il est gratuit, comment pourrais-je trouver un public susceptible de payer même une somme réduite pour l'obtenir ? »

Certes une marque de fabrique et une réputation d'entreprise ne peuvent s'acquérir sur les trois jours qu'un tel concours demeure ouvert. Je pense cependant avoir noué au cours des dernières années suffisamment de contacts dans le monde de l'édition indépendante pour savoir qu'il me faut abandonner toute naïveté ou angélisme, si vraiment je veux me lancer à long terme dans cette entreprise. Il faut croire qu'en août dernier, lorsque j'esquissais les premières lignes de ce projet, j'étais encore la proie de pareilles illusions. Si la distribution de La Main de Gloire m'a permis de m'en départir, ne fut-ce que partiellement, je présume donc que c'est aussi quelque chose à mettre à la colonne positive de mon bilan...


Les envois postaux

Comme prévu, les exemplaires entraient parfaitement dans une enveloppe standard. Le livre et deux cartes postales que j'y joignais pesaient au total (enveloppe comprise) quarante-huit grammes, ce qui leur permettait de passer tout juste en dessous du second barème tarifaire. J'étais donc ravi lorsque j'ai pu envoyer le tout à petit prix, et imaginais naturellement que les vingt-deux exemplaires arriveraient sans faute à destination.



Ce fut le cas pour vingt d'entre eux. Deux autres étaient de retour dans ma boîte aux lettre une semaine plus tard, soi-disant insuffisamment affranchis. Incrédule, vu que tous les plis étaient rigoureusement identiques et que j'avais fait vérifier leur poids au guichet, je retourne au bureau de poste, où ni l'employée qui me reçoit, ni son collègue ni leur manager ne peuvent me dire ce qui a cloché. Contrits, il m'indiquent les renvoyer en indiquant clairement que l'affranchissement est correct.

Mais trois semaines plus tard, les deux plis sont de nouveau de retour dans ma boîte. Et ce n'est qu'à ma troisième visite du bureau de poste que quelqu'un émet le début d'une piste d'explication : l'épaisseur des plis pour ce barème tarifaire est limité à cinq millimètres. Or il est possible que le nœud de la reliure japonaise de mes livres présente une infime variation de taille, qui rende donc ces deux-là plus épais.

Reste qu'à la latte, il nous a été impossible de déterminer s'ils dépassaient vraiment la limite. Et malgré que la poste inclut des régulations si précises dans ses tarifs et qu'elle dispose à l'évidence de machines très sensibles, ses bureaux ne sont bien sûr pas équipés de pied à coulisse. Bref, pour en être quitte, j'ai fini par suraffranchir ces deux envois, en maudissant cette institution si occupée à normativiser ses services que même son personnel n'y comprend plus rien et est inapte à renseigner l'utilisateur.


Les retours critiques

Heureusement, les personnes qui ont effectivement reçu en temps et en heure leur plaquette avaient plein de choses positives à en dire. J'ai ainsi reçu quantité de retours encourageants, que ce soit via courrier électronique, le module de commentaire de mon blog, des forums divers ou les réseaux sociaux.




La Main de Gloire a également fait l'objet de critiques par deux chroniqueuses : Françoise Grenier Droesch (également bien connue pour ses nouvelles) et Andrée la papivore. Leurs retours sont également très positifs, comme en témoignent les extraits ci-dessous.

« J'ai eu l'honneur de gagner ce fascicule d'une grande qualité artistique. L'objet, déjà, est beau à regarder, ensuite la lecture de la nouvelle de 54 pages m'a permis de côtoyer quelques "truands". [...] J'admire le temps passé à concevoir de A à Z, les 24 petits exemplaires semblables. La reliure reliée est cousue main ! Le résultat est à la hauteur de l'investissement. [...] Le texte m'a plu. Les personnages bien campés participent à une mission de la plus haute importance. Si Robin ne réussit pas, il y a fort à parier qu'il risque sa peau ! Heureusement que Virginie la seconde. Le ton fait très polar. Une réussite là aussi. »
Françoise Grenier Droesch,
RAY'S DAY 2016 : Julien Noël et "La Main de Gloire", 9 septembre 2016.

« Le moins que je puisse dire, c'est qu'il est superbe, un vrai petit bijou. Couverture embossée, reliure cousue main dans le style japonais, reproduction de gravures... L'auteur s'est donné du mal pour réaliser ce petit cadeau, j'ai vraiment apprécié l'attention apportée aux détails. [...]
Concernant la nouvelle, on pourrait la classer dans la catégorie des thrillers fantastiques. Elle met en scène un héros minable, un criminel de bas étage qui aspire à une existence bien au-dessus de ses capacités. Vivotant de petits (et glauques) trafics, il se retrouve un jour au pied du mur, devant régler une dette contractée auprès d'un puissant sorcier. Commence alors une quête dangereuse...
J'ai bien aimé l'intrigue, dont on découvre les tenants et les aboutissants petit à petit. Les personnages sont fantasques, l'ambiance est sombre et oppressante, il y a du suspense et de l'action. Le style de l'auteur est agréable à lire, il ne se prend pas au sérieux mais nous livre une histoire bien dosée, où la tension monte crescendo. Le récit est complet mais la fin est ouverte, elle laisse entrevoir la possibilité d'une suite ou de nouvelles aventures mettant en scène les mêmes personnages... Que demander de plus ? »
Andrée la papivore,
La Main de Gloire, de Julien Noël, 29 septembre 2016.

Et maintenant ?
 

En conclusion, ce projet a été la source de beaucoup de difficultés à outrepasser, et de beaucoup de satisfactions subséquentes. Comme tout ce qui vaut la peine d'être entrepris, somme toute. Je pense que c'était un « tour d'essai » essentiel, qui m'a permis d'avoir un premier aperçu de l'activité d'éditeur et des écueils qui y sont inhérents.

Je n'exclus pas de produire prochainement un nouveau livre, que ce soit pour le Ray's Day 2017 ou dans le cadre d'une activité semi-professionnelle enfin concrétisée. Une chose est sûre : je ne vais pas me précipiter. À l'heure où les outils numériques multiplient quasi à l'infini les contenus culturels disponibles, et nous submergent donc de livres mal achevés, je suis de plus en plus convaincu qu'il convient de ne mettre à disposition du public que des œuvres qui se démarquent, que ce soit par leur contenu, leur contenant ou leur éthique de production. C'est dès lors dans cette direction que j'espère tracer mon petit bonhomme de chemin.

Le périple sera sans doute long avant que vous puissiez lire un nouveau livre publié sous mon sceau. Sachez cependant que, depuis quelques temps déjà, j'y multiplie les étapes. À titre d'exemple, voici un prototype de couverture à l'embossage complexe que j'ai produit en novembre dernier. Qui sait ? peut-être aurai-je prochainement des feuillets à mettre par-dessous...

 

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