jeudi 9 novembre 2017

Ma seconde pointe sèche sur cuivre

Sur la lancée du premier essai que j'avais réalisé en août, je me suis dernièrement attelé à une nouvelle gravure sur cuivre. Cette fois encore, ce fut un travail de longue haleine, débuté au mois de septembre et achevé cette semaine, après une pause durant le mois d'Inktober. Comme pour la première, je ne me sentais pas encore d'attaque à réaliser une composition originale ; après une photographie, c'est donc une huile sur bois du XVIIe siècle que j'ai reproduite.

Mon modèle : un détail liminaire d'une Scène de sabbat de David Teniers le Jeune (1610-1690).
(Huile sur bois, 32x54 cm, 1633, Douai, Musée de la Chartreuse, n° inv. : 790.)
J'ai publié une analyse de cette peinture — parmi de nombreuses autres — dans le webzine Faunerie.

J'avais à cœur de clarifier dans la mesure du possible cette saynète, qui est quelque peu reléguée dans l'ombre de la version originale, sans trahir bien sûr le caractère ni l'expression des chimères représentées. C'était donc en soi un exercice de précision, contraint encore par les dimensions réduites de ma plaque, qui correspondent à un A7.

Les Sept Démoniaques, d'après David Teniers II,
pointe sèche sur cuivre, simili papier japon 130g/m2, 7.4x9.9 cm, novembre 2017.

Pour éviter de ne découvrir les défauts de mon travail qu'à l'impression finale (comme ce fut le cas pour ma première gravure sur cuivre) et parce que la surface très réfléchissante du cuivre tend à les masquer, j'ai procédé au fil des jours à plusieurs épreuves de contrôle. Celles-ci m'ont permis de me corriger au fur et à mesure, et mettront je pense en évidence à quel point la pointe sèche est un travail de bénédictin.

Première étape (27 septembre), après trois soirées de travail qui ont donné respectivement naissance au personnage central à la pipe, au castor à sa droite et au couple du canard et du chien.

Seconde étape (29 septembre), après deux séances supplémentaires, qui m'ont permis d'ajouter le coq et de bélier.

Troisième étape (6 novembre), au terme de laquelle j'ai complété les dernières zones vides. Il reste cependant à corriger certains détails, et surtout à ajouter du contraste et à approfondir les noirs.





J'ai ainsi pu, il me semble, perfectionner ma technique de report du dessin original. Je suis notamment content du rendu des noirs de l'avant-plan. L'arrière-plan n'est en revanche pas assez uniforme à mon goût ; l'une des prochaines étapes sera donc de faire l'acquisition d'une roulette pour expérimenter un travail différent des surfaces.

Un autre petit challenge technique que j'ai résolu à l'occasion de ce projet concerne le centrage de l'impression. Je m'en étais jusqu'ici assez peu préoccupé mais il aurait été dommage, alors que la qualité globale de mon travail augmente, de continuer à produire des estampes de guingois. J'ai dû faire quelques tests car la pression tendait à déplacer mes guides, mais voici le dispositif qui m'a finalement à peu près satisfait :

La plaque encrée posée sur la presse. Les traits bleus délimitent l'emplacement du papier. J'ai également posé des guides de manière à faciliter la montée du rouleau sur la plaque.

En conclusion, je suis sans cesse fasciné par la précision qu'offre la pointe sèche. Imaginez que chaque particule d'encre que vous voyez accrochée à la plaque ci-dessus n'y tient que parce qu'elle est logée dans un sillon minuscule que j'ai creusé avec une pointe de tungstène. Et il est encore plus impressionnant d'avoir l'estampe sous les yeux et de réaliser combien de traits minuscules, souvent perdus lors du passage au scanner, sont en réalité visibles sur le papier.

L'autre constat qui s'impose à moi est moins réjouissant, quoique très normal : je réalise combien, en ayant commencé par des gravures sur Tetra Pak extrêmement faciles à encrer, j'avais sous-estimé la difficulté d'une bonne impression. Tant de facteurs sont à prendre en compte : la pression, l'humidité du papier, l'ampleur de l'essuyage, la température de l'encre... Pas étonnant que, jadis, nombre de graveurs faisaient appel à des imprimeurs professionnels ! C'est réellement tout un métier, et je me rends compte qu'à cet égard, je tâtonne sans aucun repère. Autodidacte acharné, j'en viens donc à envisager de mettre mon orgueil de côté et de suivre un stage, histoire d'acquérir de bonnes bases.

Voilà donc le stade où j'en suis, en ce qui regarde la gravure. Je vous tiendrai bien sûr au courant des développements futurs...

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